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28 mai 2026

L'inflation est de retour ! Ni panique, ni résignation !

Il y a deux mois, un cessez-le-feu était conclu entre les États-Unis et l'Iran. Il devait durer deux semaines, le temps d'ouvrir la voie à des négociations. Deux mois plus tard, le détroit d'Ormuz reste fermé au trafic commercial, les pourparlers avancent en dents de scie, et l'espoir d'un accord annoncé ces derniers jours vient de se heurter, une fois de plus, aux réalités du terrain. Les États-Unis ont procédé à de nouvelles frappes ciblées dans la nuit du 25 mai sur des sites militaires iraniens, rappelant que la situation demeure fondamentalement instable. Personne ne sait à ce stade si un accord interviendra dans les prochaines semaines ou si le statu quo - ni guerre franche, ni paix - se prolongera jusqu'à l'automne.

L’inflation repart à la hausse en France

Ce contexte a une conséquence directe et concrète pour les épargnants français : l'inflation repart. À 3 % en avril 2026 contre 1,7 % avant le début du conflit, la progression est visible dans le quotidien des ménages : à la pompe, sur les factures énergétiques, progressivement dans les rayons. Un pic autour de 3,3 % est attendu pour l'été. Faut-il s'alarmer ? Non. Faut-il rester passif ? Pas davantage.

La comparaison avec 2022 vient naturellement à l'esprit. Le choc de 2022 avait été d'une violence exceptionnelle, portant l'inflation à près de 10 % en zone euro, parce qu'il s'était produit dans un contexte de fragilité maximale et simultanée : inflation sous-jacente déjà élevée, marché du travail en surchauffe, politiques monétaires très expansionnistes avec des taux réels profondément négatifs,  « pricing power »  exceptionnel des entreprises. Et surtout, un double choc pétrolier et gazier d'une brutalité inédite : les prix du gaz avaient été multipliés par 5, voire par 20, selon les marchés, entraînant dans leur sillage les prix de l'électricité européenne.

Ce cocktail explosif n'est pas réuni aujourd'hui. L'inflation sous-jacente reste contenue. Le marché du travail s’est normalisé. Les anticipations d'inflation des ménages demeurent modérées des deux côtés de l'Atlantique. Les centrales nucléaires françaises tournent à plein régime et l'électricité européenne est désormais mieux protégée des soubresauts du gaz. À cela s'ajoutent les pressions déflationnistes persistantes en provenance de Chine, qui constituent un contrepoids naturel à toute flambée inflationniste durable.

Une économie plus résiliente face au pétrole

Il existe aussi une raison de fond, souvent méconnue, pour laquelle un choc pétrolier produit aujourd'hui des effets moindres qu'il y a trente ans : nos économies se sont profondément transformées. La part de l'énergie dans le PIB européen a reculé. Les gains d'efficacité énergétique ont été massifs dans l'industrie, le bâtiment et les transports. L'électrification progressive du parc automobile commence à réduire tangiblement notre exposition collective au prix du baril. En clair, le même choc pétrolier fait aujourd'hui bien moins de dégâts structurels qu'en 1990, ou même en 2005. Le choc actuel pèsera vraisemblablement davantage sur la croissance que sur les prix, ce qui modifie en profondeur son impact sur les portefeuilles.

Ce tableau rassurant doit cependant être tempéré par une réalité géopolitique encore très incertaine. Si une normalisation intervenait avant l'été (accord sur le transit d'Ormuz, levée progressive du blocus naval américain), le choc énergétique resterait limité et transitoire, et les banques centrales conserveraient leur marge de manœuvre. En revanche, si le conflit s'enlisait sur de longs mois, maintenant une perturbation durable des flux pétroliers du Golfe, les effets de diffusion sur les coûts de production et les comportements salariaux deviendraient progressivement plus préoccupants.

L’inflation : un phénomène désormais structurel

Au-delà du conflit en Iran, nous sommes entrés depuis plusieurs années dans un régime d'inflation structurellement plus élevé que celui de la décennie 2010-2020, cette longue période de prix quasi stables qui a profondément ancré les habitudes des épargnants. Les tensions géopolitiques durables, la fragmentation des chaînes d'approvisionnement mondiales, les investissements massifs liés à la transition énergétique, et les pressions salariales induites par le vieillissement démographique constituent autant de facteurs qui maintiendront l'inflation au-dessus de sa moyenne historique récente, même une fois la crise du Golfe résolue. Le retour à l'inflation quasi nulle d'avant-Covid n'est tout simplement pas au programme.

C'est là que la vigilance s'impose. Dans un environnement d'inflation persistante - même modérée, à 2 ou 3 %, l'épargne sans rendement se déprécie silencieusement mais sûrement. Laisser dormir des liquidités sur un compte courant ou sur des supports à taux administrés insuffisants revient à accepter une perte de pouvoir d'achat certaine, année après année. Sur dix ans, une inflation moyenne de 2,5 % érode d'environ 28 % la valeur réelle d'un capital non investi.

À l'inverse, certaines classes d'actifs offrent des protections naturelles sur la durée : les actions d'entreprises disposant d'une capacité à répercuter les hausses de coûts sur leurs prix de vente, les obligations indexées sur l'inflation, l'immobilier… Sur le front obligataire, les obligations d’entreprises offrent aujourd'hui des niveaux de portage intéressants, avec un potentiel de détente des taux longs en seconde partie d'année.

Le message n'est pas celui de l'urgence ni de la panique. C'est celui de la lucidité : l'inflation modérée est désormais la norme, le conflit en Iran en est un révélateur mais pas la cause unique, et la composition de votre épargne doit en tenir compte, non pas dans la précipitation, mais avec méthode et dans la durée.

Muriel Tailhades Directrice Générale Zenith AM

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