Iran : Ormuz, Kharg et les conséquences pour les investisseurs
Plus de deux semaines après le début des opérations, le bilan est contrasté. Les deux tiers environ des rampes de lancement de missiles iraniens ont été détruits, la marine et l'aviation décimées, Ali Khamenei et une quarantaine de hauts dirigeants éliminés. Les pertes alliées restent quant à elles limitées. Pour autant, la victoire politique n’est pas acquise : le régime n'est ni renversé ni disposé à négocier, et les autorités iraniennes poursuivent une stratégie « jusqu'au-boutiste » fondée sur leur capacité de nuisance économique.
Détroit d’Ormuz : le vecteur privilégié dans cette stratégie
Détroit d’Ormuz : le vecteur privilégié dans cette stratégie
Sans être officiellement fermé, le détroit est de facto neutralisé : aucun tanker ne s'y engage désormais, privant les marchés mondiaux des quelque 20 millions de barils par jour qui y transitaient en temps normal. La menace des drones et des mines suffit à paralyser l'une des artères énergétiques les plus critiques de la planète.
Face à l'impasse d'Ormuz, l'option d'une occupation de l'île iranienne de Kharg, par laquelle transitent 90 à 95 % des exportations pétrolières iraniennes, est désormais évoquée dans les cercles stratégiques. L'objectif serait d'assécher les capacités financières du régime en coupant sa principale source de revenus. Cette stratégie n’est pas sans risque : elle nécessite un engagement terrestre massif et durable et expose les infrastructures de l'ensemble du Golfe à des représailles iraniennes.
Les canaux de transmission macroéconomiques du conflit
Les canaux de transmission macroéconomiques du conflit sont bien identifiés : hausse des prix du pétrole et du GNL (le Qatar a interrompu ses exportations en raison des frappes iraniennes sur ses infrastructures), renchérissement du fret maritime, montée de l'incertitude géopolitique, pression sur les engrais azotés et, à terme, sur les prix alimentaires. Un blocage durable d'Ormuz - deux mois ou plus - pourrait faire grimper le prix du baril au-dessus de 150 dollars et créer un choc inflationniste mondial bridant la capacité des banques centrales à baisser leurs taux directeurs.
L'impact serait toutefois très inégalement réparti. Les États-Unis bénéficient d'une indépendance énergétique structurelle qui les protège mécaniquement du choc pétrolier. La Réserve fédérale conserve une marge de manœuvre plus grande que ses homologues, et la dynamique bénéficiaire des entreprises américaines (portée par l'IA et les dépenses d'infrastructures) reste solide. Le dollar retrouve son statut de valeur refuge, amplifiant encore l'avantage relatif des actifs américains.
L'Europe est plus vulnérable. Bien qu'elle ait diversifié son approvisionnement gazier depuis la guerre en Ukraine (la part du Qatar ne représente que 4 % de ses importations totales de gaz), les stocks de gaz naturel européens sont particulièrement bas en ce début d'année, et la perte du GNL qatari accentuera la compétition mondiale pour les cargaisons alternatives. La Banque Centrale Européenne (BCE), prise en étau entre une inflation qui repart et une activité qui ralentit, pourrait voir ses anticipations de taux progresser. Dans un scénario de blocage prolongé, la zone euro risquerait une contraction technique au deuxième trimestre.
Les économies asiatiques sont structurellement les plus exposées : importatrices nettes d'énergie, elles subissent de plein fouet la hausse des prix du pétrole. La Chine, dont les importations pétrolières représentent environ 2 % du PIB, est néanmoins moins vulnérable qu'elle ne l'était il y a dix ans grâce à la baisse de l'intensité pétrolière de son économie. D’autres pays émergents sont plus fragiles (Inde, Turquie, Égypte, Thaïlande…) et subissent un double choc : hausse du coût de l'énergie couplée au durcissement des conditions financières mondiales. Des subventions gouvernementales amortiront le choc pour les ménages mais au prix d'une dégradation accélérée des finances publiques.
La résilience relative des États-Unis
La résilience relative des États-Unis
Le conflit renforce surtout un schéma préexistant : la résilience relative des États-Unis face aux chocs énergétiques mondiaux.
Quatorze jours après le début des opérations, les marchés reflètent un scénario de choc modéré et temporaire : le marché actions mondial a cédé environ 5 % en dollars (–7 % pour l'EuroStoxx 50) et le dollar s'est apprécié, retrouvant son rôle de valeur refuge.
Dans un portefeuille composé d’actions, nous maintenons une pondération élevée sur les marchés actions américains par rapport aux autres zones géographiques (55 %-60 % en moyenne).
Les vecteurs d'un rebond
Les vecteurs d'un rebond sont identifiables : réouverture progressive d'Ormuz et premiers signaux d'un cessez-le-feu. La clé reste la durée du conflit. Une résolution dans les trois à cinq semaines laisserait des traces limitées sur la croissance mondiale, alors qu’un blocage prolongé au-delà de deux mois transformerait un choc stagflationniste limité en épreuve pour les économies importatrices d'énergie.
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Achevé de rédiger le 16 mars