avec un conseiller
Crise iranienne : la détente progresse, l’économie résiste
Alors que l'accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran arrivait à échéance, Donald Trump a annoncé sa prorogation le mardi 21 avril. Une décision qui, au premier abord, ressemble à un signal d'apaisement, mais qui, à y regarder de plus près, dit surtout une chose : le président américain ne peut pas se permettre la chaise vide…
Une stratégie américaine lisible
Une stratégie américaine lisible
La stratégie américaine est lisible. Selon Scott Bessent, Secrétaire au Trésor, le blocus contraint les exportations pétrolières iraniennes au point que la fermeture des puits de production pourrait intervenir « d'ici quelques jours » (faute de capacités de stockage). L'objectif : forcer Téhéran à revenir à la table rapidement. L'Iran, dont la marine et les forces aériennes ont subi des pertes considérables depuis le début du conflit, cherche de son côté à préserver ses marges de manœuvre économiques, et notamment à institutionnaliser un droit de passage dans le détroit d'Ormuz.
Un scénario central non linéaire
Un scénario central non linéaire
Dans ce contexte, notre scénario central demeure celui d'un retour à la normale progressif et non linéaire. La prolongation du cessez-le-feu ne constitue pas en elle-même une garantie de paix durable : l'accord reste unilatéral, ni l'Iran ni Israël ne s'étant formellement prononcés, mais elle confirme que Donald Trump a besoin d'un compromis et vite. Ses électeurs, qui espéraient à la fois des baisses d'impôts et la paix, font face à des tarifs douaniers impactant leur pouvoir d'achat et à une guerre sans fin visible. La dynamique politique interne américaine pousse donc vers une désescalade : le président ne peut pas se permettre de perdre la Chambre lors des midterms de novembre, et encore moins le Sénat.
La résilience des marchés financiers
Les marchés financiers ont fait preuve d'une résilience remarquable depuis le début de l'année, en dépit de la crise. Le S&P 500 affiche des performances positives, les indices européens ont mieux résisté qu'anticipé et les résultats des entreprises américaines au premier trimestre 2026 ont progressé de près de 19 % en glissement annuel. Cette apparente contradiction s'explique en grande partie par une réalité structurelle : l'économie mondiale est aujourd'hui beaucoup moins dépendante du pétrole qu'elle ne l'était. Depuis 2000, le ratio de consommation pétrolière rapportée au PIB a été divisé par deux dans les grandes économies : États-Unis, Europe, Chine. Ce découplage progressif change profondément la nature du risque. Là où un doublement du prix du baril faisait autrefois plonger l'économie américaine en récession, il faudrait aujourd'hui un triplement des prix pour produire un effet comparable. Le choc énergétique reste douloureux, mais il n'est plus le multiplicateur systémique qu'il fut dans les années 1970.
Ces deux réalités conjuguées, la pression politique interne sur l'administration Trump et la moindre vulnérabilité structurelle de l'économie mondiale au choc pétrolier, nourrissent notre conviction que le second semestre 2026 devrait être marqué par un tournant. Une fois le conflit apaisé, la priorité de l'administration Trump basculera vers la relance intérieure : stimulus fiscal, baisses d'impôts, dérégulation. Combinée à une banque centrale moins contrainte par la pression liée aux prix du pétrole, cette configuration serait favorable aux actifs risqués.
L'accord, aussi fragile soit-il, constitue un changement de régime pour les marchés. Il réduit sensiblement la probabilité du scénario le plus adverse (embrasement régional, stagflation mondiale) et légitime une révision à la hausse des perspectives sur la plupart des classes d'actifs. Les prochaines semaines seront néanmoins déterminantes pour confirmer la solidité du compromis.